Raphaële Wiesmath
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Raphaële Wiesmath

Anschrift:Moltkestaße 38
D-79098 Freiburg
Tel.: +49 +761 211 49 00
e-mail:wiesmath@uni-freiburg.de


Curriculum Vitae

Raphaële Wiesmath a étudié la philologie romane et la germanistique à l'Université de Bonn et de Freiburg i. Br. (Allemagne). En 1995, elle a obtenu le Premier Examen d'Etat (Erstes Staatsexamen) dans ces mêmes matières à l'Université de Freiburg i. Br. De 1995 à 1997, R.W. a enseigné la langue, la littérature et la civilisation allemande en tant que lectrice et maître de langue étrangère à l'Ècole Normale Supérieure de Fontenay/ Saint Cloud.

R.W. prépare actuellement une thèse de doctorat en linguistique française sous la direction de Monsieur le Professeur Wolfgang Raible à l'Université de Freiburg i. Br. (Allemagne). Le projet porte sur la syntaxe du parler acadien et s'inscrit dans le cadre de recherches menées à Freiburg sur les variétés du français d'outre-mer et sur les créoles français. Grâce à une bourse accordée par le Deutsche Akademische Austauschdienst (DAAD), de juillet à octobre 1997, R.W. a pu poursuivre ses recherches à l'Université de Moncton (Nouveau-Brunswick, Canada) auprès de Madame le Professeur Louise Péronnet. Pendant ce même séjour, elle a également mené des enquêtes linguistiques afin d'établir un corpus du parler acadien. Les travaux de recherches en cours peuvent être effectués grâce à une bourse doctorale accordée par l'Université de Freiburg i. Br. (Landesgraduiertenförderung).

Le français acadien parlé dans les provines maritimes du Canada est une des nombreuses variétés du français d'outre-mer qui sont issues du français du 17ème et 18ème siècle. C'est principalement à la comparaison structurale de ces sytèmes linguistiques, qui se sont formés indépendamment les uns des autres, que R.W. s'intéresse. Les variétés régionales du français en question n'ont pas connu de pression normative telle que le français de France, et l'influence du français standard ne semble être qu'un phénomène très récent. Il s'agit donc là de sources particulièrement favorables pour des études comparatives visant à éclairer la question plus générale du changement linguistique. L'approche envisagée par R.W. sera orientée par les aspects et domaines linguistiques suivants:

- la typologie et la question des universaux linguistiques, car ce n'est que par le biais d'une toile de fond de concepts cognitifs valables pour toute langue qu'il est possible de comparer les structures propres à chaque système linguistique.
- le changement linguistique dû à des facteurs intrasystémiques.
- facteurs pragmatiques entraînant le changement linguistique.
- facteurs sociolinguistiques: les langues minoritaires, la politique linguistique, contact de langues, bilinguisme institutionnel et bilinguisme individuel, identité linguistique, modalités d'apparition d'une écriture et d'une norme dans une langue essentiellement orale.
- la linguistique discursive et transphrastique
-
la linguistique de corpus.


Projet de thèse (troisième cycle)
"Les variétés du français et processus de différenciation.
La syntaxe du français acadien"

Le français acadien est l'une des nombreuses variétés d'outre-mer qui sont issues de la langue des colonisateurs français et qui, ayant évolué de façon autonome, représentent chacune un système particulier. Cependant, ce sont les créoles qui, structurellement, se sont le plus éloignés du français de France. D'autres variétés d'outre-mer tel que le Québécois, l'Acadien et le Français cadien parlé en Louisiane ainsi que certains français régionaux de France ont, à des degrés différents, évolué de manière moins poussée que les systèmes créoles.

Lorsqu'il s'agit de déceler les facteurs auxquels est due l'évolution différente et particularisante des variétés de français, il s'agit, tout d'abord, de déterminer les faits de survivances dialectales d'une part, et les faits d'innovations d'autre part. Robert Chaudenson décrit cette situation en introduisant la notion de continuum interlinguistique, les systèmes linguistiques issus du français étant ordonnancés sur une ligne imaginaire selon la différence structurelle qui les sépare les uns des autres. Quant à l'analyse comparative, nous aurons recours à l'hypothèse du français zéro également émise par Chaudenson. Selon cette hypothèse, le français zéro comporte l'ensemble des variables du système français. Une variable, qui représente un sous-système variationnel, est ainsi réalisée en Acadien et dans les autres variétés de français par des variantes diverses.

Il conviendra d'ajouter au français zéro une dimension universelle. Ainsi la notion de variable représentera un concept purement cognitif universel, donc propre à toute communication indépendamment d'une langue spécifique. Par exemple, le concept universel de la Jonction, élaboré par Wolfgang Raible, permettra d'analyser les techniques syntaxiques disponibles en Acadien et dans les autres variétés et servant à résoudre le même problème syntaxique de l'enchaînement des énoncés. Cette dimension universelle se présente sous forme d'un continuum comportant les deux pôles extrêmes de l'agrégation et l'intégration. Dans le cas de l'agrégation, les énoncés sont juxtaposés sans que leur rapport syntaxique soit explicté. L'intégration, au contraire, met en oeuvre des techniques grammaticales plus complexes explicitant les liens syntaxiques entre les énoncés.

L'étude envisagée est un travail sur corpus. Dans le cadre de ce projet R.W. a mené des enquêtes dans le sud-est du Nouveau-Brunswick (Canada). La transcription représente un échantillon de 11 heures de conversation en français acadien. Le corpus est composé de conversations spontanées de deux à quatre locuteurs d'une part, et de discours plus formels d'autre part. Les enregistrements sont transcrits selon la méthode HIAT (Halbinterpretative Arbeitstranskription; cf. Ehlich 1993). La disposition graphique des conversations entre plusieurs locuteurs correspond à celle d'une partition de musique (Ehlich, 1993). Ainsi chaque changement de locuteur et tout chevauchement de parole peuvent être représentés de façon très claire. La transcription tient compte d'éléments non-verbaux (rires, toux) et du contexte situationnel des échantillons. Les enregistrements sont transcrits selon l'orthographe du français standard malgré quelques écarts qui tiennent compte de la prononciation acadienne. Le corpus sera muni d'une traduction interlinéraire anglaise.

En conclusion, afin d'illustrer la démarche esquissée ci-dessus, il conviendra de citer un exemple: la jonction de plusieurs énoncés exprimant le lien logique de la condition:

Souvent, dans la langue parlée les énoncés qui s'enchaînent sont simplement juxtaposés sans que leur rapport syntaxique ou leur lien logique soient explicités. Le destinataire a ainsi pour tâche de constituer le lien entre les énoncés. Dans ce cas, il s'agit d'une technique qui se rapproche du pôle de l'agrégation. Voici un exemple de notre corpus acadien:

(1)j'ai mon char pis i y a des femmes d'alentour tu sais icitte * i veulent aller à Saint-Anne voir/ voir le docteur ou veulent aller à Rexton ben là faut les mener parce que les hommes ça les tanne.

Le rapport de condition reliant les énoncés reste implicite. Pourtant le destinataire est orienté vers cette interprétation, car souvent, en français acadien, des particules discursives telles que ben, ben là, là, mais là sont en corrélation avec la conjonction de subordination si et marquent le début de la proposition principale:

(2)ouais si qu'alle a ses petits là ben là . tu sais alle va les faire/ a' va les protéger.

Le même phénomène se retrouve en français louisianais (Stäbler 1995a, p. 179) si bien que la question s'impose de savoir si cette corrélation de la particule discursive avec la conjonction de subordination si est susceptible d'être grammaticalisée. Une construction telle que l'exemple (1) serait alors l'aboutissement de cette tendance inhérente au système. La particule discursive remplirait à elle seule la fonction de la conjonction de subordination devenue facultative, voire superflue.

Mais la structure de la proposition de condition révèle une autre tendance qui est d'un intérêt tout à fait remarquable. Sur ce point, le français acadien semble avoir conservé un état de langue plus ancien que le français louisianais. En même temps, le français acadien comporte des tendances plus innovatrices que le français de France. Pour exprimer l'irréel du présent, par exemple, en français cadien de Louisiane, le conditionnel est l'unique mode employé dans la subordonnée (Stäbler 1995, p. 179), tandis que le français acadien a souvent recours aux deux possibilités:

(3)si j'avais l'argent j'aimerais d'aller . . du côté d'où ce que mes ancêtres de viennent.

(4)si le gouvernement dirait à Québec . . . tu veux te séparer . arrange-toi avec tes ressources naturelles . pas d'aide du gouvernement fédéral le gouvern/ euh le Québec pourrait pas arriver.

Cependant, l'emploi du conditionnel dans la subordonnée est, en acadien, plus fréquent que celui de l'imparfait. La tendance vers un état de langue, dont celui représenté par le français cadien de Louisiane serait l'aboutissement, semble inhérente au français acadien. Cette tendance semble même aller encore plus loin: ainsi, dans la phrase acadienne suivante, ne comportant aucune conjonction de subordination, seul le conditionnel remplit la fonction syntaxique de la subordination:

(5)ces sacs-là nous-autres au jour d'aujourd'hui tu irais acheter un sac de farine de
même . . on va mettre ça au chemin la semaine prochaine.

La tendance d'employer le conditionnel dans la subordonnée n'est pas absente de la langue populaire de France. On la retrouve souvent dans l'usage enfantin, mais ici, elle est réprimée par la forte pression d'une norme. Reste à savoir si l'influence récente du français standard va également mettre un terme aux tendances évolutives du français acadien. Dans ce même contexte, l'analyse des structures dont disposent les créoles pourrait être particulièrement révélatrice. Dans un premier temps, néanmoins, nous pouvons conclure: l'acadien représente une étape intermédiaire du continuum interlinguistque. Ce parler a laissé libre cours à la tendance de généraliser le conditionnel à la place de l'imparfait, tandis que cette même tendance évolutive est réprimée par la pression d'une norme en français de France. Le français cadien en Louisiane, cependant, l'a menée à son aboutissement.


Repères bibliographiques



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