Projet de description du Gusiilay dans le cadre d'une thèse de 3ème cycle

C'est quoi, le Gusiilay?

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Le Gusiilay est une langue du groupe Ouest-Atlantique de la famille Niger-Congo. Elle fait partie de ce que l'on appelle aujourd'hui le groupe bak -- selon la terminologie de David Sapir, qui, en 1965, tenta de réorganiser l'ensemble en une structure plus homogène.

Le Gusiilay est une langue jóola parlée principalement dans la partie sud du Sénégal par une ethnie, les Asiil, plus connus sous le nom de Bandial. (Les significations de asiil ainsi que celle de gusiilay, seront expliquées dans l'avant-dernier paragraphe.)

À quoi bon décrire une telle langue?

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La description du Gusiilay entre dans un programme plus vaste de lutte contre le sous-développement mis sur pied par un groupe pluridisciplinaire de chercheurs asiil préoccupés par les problèmes de sous-développement qui continuent de se poser avec acuité après une trentaine d'années d'indépendance. Soucieux du fait qu'à la base du sous-développement ne soit pas un seul facteur, mais plusieurs, l'équipe composée de médecins, de pharmaciens, de linguistes, de sociologues, d'agronomes, de spécialistes de l'environnement, de paysans etc. cherche à cerner, en travaillant ensemble, la problématique du développement.

La description du Gusiilay permettra une alphabétisation de masses dans le cadre des programmes d'alphabétisation fonctionnelle sous la tutelle du ministère de l'Education de Base et des langues nationales d'une part et l'introduction du jóola en général, une parmi les 6 (six) langues nationales, dans l'enseignement en général, d'autre part.


Le contexte socio-culturel

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En effet, le Sénégal, ancienne colonie française, utilise le français comme langue officielle, celle de l'administration, de l'enseignement et de l'information. Pourtant, comme beaucoup de pays du Tiers-Monde, le Sénégal a un taux d'analphabètes très élevé, 73% pour une population de près de 8 (huit) millions [Le taux d'analphabétisme que nous avançons est tiré du recensement effectué par le Ministère de l'Education de Base et des Langues nationales en 1993.] . Les plus touchées par cet analphabétisme sont les femmes qui, pendant longtemps (la tendance commence heureusement à se renverser), avaient été maintenues dans le rôle d'épouses et de mères, rôle qui ne nécessite évidemment aucune instruction. A qui profite donc un appareil d'état quand la grande majorité de ses membres en est exclue faute de posséder les mêmes canaux de communication?

Le projet d'alphabétisation que nous envisageons par cette description s'adresse particulièrement aux femmes parce que l'éducation des enfants, du moins pendant leur jeune âge, est en général à la charge de celles-ci . Une mère analphabète n'est pas forcément motivée à ce que sa fille apprenne autre chose que ce que elle a appris elle-même. L'instruction de la femme est, à notre avis, le premier jalon à poser pour garantir le succès du développement.

La facture, l'envergure et l'intérêt typologique de la grammaire

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La description du Gusiilay comprend quatre parties: la phonologie, la morphologie, la syntaxe et une dernière partie consacrée à une description plus approfondie de faits énonciatifs évoqués tout au long de la description, principalement dans la partie morphologique. Le paradigme théorique est en général celui d'une grammaire fonctionnelle et textuelle.

Au point de vue typologique, le Gusiilay présente quelques aspects intéressants. Comme dans bien des langues africaines de cette région, le Gusiilay a un système de classification nominale comportant 14 classes différentes. Prenons l'exemple du terme gu-siil-ay lui-même: le nom à proprement parler est siil, l'élément gu- n'étant qu'un préfixe de classe (en l'occurence celui de la classe 9), tandis que -ay est un suffixe qui marque qu'il s'agit là de quelque chose d'abstrait. Avec le préfixe de classe 1 (a-) on désignerait, avec la même racine, par la forme a-siil évoquée plusieurs fois dans ce texte, un être humain faisant partie de la communauté qui parle cette langue.

Les différentes classes nominales assument entre autres la fonction d'assurer, par le biais de l'accord dans le groupe nominal et par l'accord entre le thème et le verbe, la cohérence interne de la phrase.

Le système verbal connaît le même principe d'affixation qui est, lui-aussi, suffisamment complexe. Il présente en outre une particularité intéressante: beaucoup de langues marquent l'aspect perfectif dans le verbe lui-même. Il y en a cependant qui le marquent par deux formes différentes du complément d'objet. C'est par exemple le cas du finnois: le verbe avec un objet partitif marquant l'aspect imperfectif, tandis qu'un objet revêtant la forme de l'accusatif signale l'aspect perfectif. Le Gusiilay est un peu similaire au finnois -- à la différence près que là ce sont deux formes différentes du sujet/thème qui signalent la différence entre les deux aspects.

L'exemple de ce trait particulier dans le système verbal montre bien l'utilité d'un principe d'analyse qui ne part pas de mots ou de classes de mots fonctionnant dans un syntagme, mais de phrases entières fonctionnant dans un texte. Comme une phrase est un signe complexe représentant un état de choses complexe, et comme c'est cet état de choses complexe tout entier qui est perfectif ou non, rien ne préscrit, en principe, que telle ou telle marque grammaticale doive être projetée sur une partie du discours déterminée plutôt que sur une autre. Si pour une fois on applique ce principe d'analyse, bien des choses qui paraissaient mystérieuses auparavant, deviennent très claires.

Le financement du projet

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Le projet est financé par une bourse du Katholischer Austauschdienst et par des subventions accessoires provenant de la chaire de Wolfgang Raible.


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