►► l’ordre des résumés est celui du programme




Jacques Rancière

(Paris)


Les déplacements de la littérature


Dans la préface de L'Invention de Morel, Borges loue son compatriote Adlfo Bioy Casares de poursuivre une tradition du récit mise à mal par une littérature européenne, illustrée notamment par Balzac et Proust, et soumise à l'informe de la psychologie et du réalisme. On s'interrogera sur cette topographie qui, au rebours du schéma classique, confère au nouveau monde les vertus de l'artifice et de la tradition. On réfléchira à la manière dont ce scénario transantlantique remet en scène les enjeux contenus dans le mot de littérature.



Julio Ortega

(Providence, USA)


Geotextualidades: Teoria del juego transatlantico en la narrativa de Julio Cortazar


Julio Cortazar ha desarrollado a lo largo de su obra una teoria del juego, favorecida por la practica "patafisica," la exploracion "surrealista," y cierta vocacion anarquista. En el espacio discursivo de Paris, donde la mitologia de la Ciudad del Arte convoca a los jugadores, "Rayuela" propone que los instrumentos del juego son nimios, fugaces y alternos. Ensaya, por otro lado, la posibilidad de que las reglas del juego sean una combinatoria operativa. Y que el conocimiento poetico suscitado por esas articulaciones casuales sostenga la libertad de los sujetos. Asi, en "Rayuela" y otros textos del autor, el Homo Ludens consagra el trayecto gratuito de una literatura sin precio.



Alfons Knauth

(Ruhr-Universität Bochum)


Le passé est à venir. Primitivisme et modernisme dans les avant-gardes françaises et brésiliennes


Le Brésil a été découvert ‘par hasard’, un hasard perpétué par la culture coloniale portugaise, qui a fait de l’épopée des Lusíadas son vaisseau amiral pour une translatio studii transatlantique. Les Modernistes, à partir du Centenaire de l’Indépendance du Brésil et la Semaine de l’Art Moderne dans son sillage, ont voulu faire une nécessité de ce hasard, mais avec une tout autre orientation. Pour eux, objectiver le hasard, ce fut surtout le remplacement de la culture lusitaine par une culture de la brasilidade, basée sur les ressources natives du pays et orientée vers une exportation autogérée de la culture Pau-Brasil.

La France a été, sans doute, un facteur différenciateur de tout premier ordre pour la formation de l’identité brésilienne, sa propre formation par la culture brésilienne mise à part. Non seulement pour la modernité du Brésil, mais surtout pour le ‘primitivisme’ qui lui était inhérent, elle a joué le rôle d’un catalyseur, par l’intermédiaire de Rimbaud d’abord, puis la tradition du ‘bon sauvage’ et du ‘mauvais sauvage’ brésilien remontant à Rousseau, Montaigne, Abbéville, Thevet et Léry, reprise au 20e siècle par les ‘fauves’ avant-gardistes. Il est évident que le primitivisme avait une tout autre fonction en Amérique Latine qu’en Europe. Cette fonction se traduit, grosso modo, par l’opposition d’un rapport métonymique et d’un rapport métaphorique face aux réalités primitives. Entre le Brésil et la France il y a eu maints recyclages historiques qui forment des chiasmes interculturels très subtils, dont les modernistes brésiliens étaient tout à fait conscients et dont ils ont essayé de rendre compte de différentes manières.

La construction de la culture nationale du Brésil, dans un premier temps, se fit conforme à la chronologie et à l’ordre historique du Centenaire de 1922. Dans un deuxième temps, avec le mouvement de l’Antropofagia autour de 1928, la brasilidade se réalisa à contretemps, en établissant une chronologie alternative dont l’acte fondateur était la dévoration de l’évêque portugais Sardinha par les Indiens Tupy en 1554. Cette chronologie subversive servait de cadre pour la mise au point d’une contreculture concrétiste, inspirée des anthropophages antérieurs à la ‘conquête spirituelle’. Ce ‘primitivisme’ ne renoncait pas pour autant au modernisme, même futuriste: l’Antropofagia développa la synthèse utopique d’un « homme naturel technicisé ».

Le discours anthropophage, onirique et ironique, annonçe par endroits l’esprit postmoderne, notamment par les multiples subversions, temporelles et autres, qui font éclater les récits de Macunaíma et de Serafim Ponte Grande de Mário et Oswald de Andrade. Ces figures de proue de l’avant-garde brésilienne, après la parodie des Lusíadas (dans Serafim Ponte Grande) et la substitution de la constellation indigène du Pauí-Pódole à la constellation luso-brésilienne du Cruzeiro (dans Macunaíma), sont allés jusqu’à re-considérer la constellation moderniste, se hasardant à mettre en cause – au moins dans un certain sens – la ‘nécessité’ de leur propre projet brasilianiste.



Tania Franco Carvalhal

(UFRGSPorto Alegre)


La littérature française et le modernisme brésilien: échos et transformations


En 2004, la ville de São Paulo (Brésil) fête son 450è anniversaire de fondation.Tout en étant le plus important centre industriel et culturel du pays, plusieures expositions d’art et d’histoire, activités académiques et spectacles commémorent cette date. São Paulo devient aussi thème des écoles de samba et objet d’une série télévisée qui a beaucoup de succès. Dirigée par l’écrivain Maria Adelaide Amaral, cette série, sous le titre de “Um só coração” (“Un seul coeur”) retrace l’histoire de la ville dans une période privilegiée – les années 20 et 30 – quand elle devient un centre culturel plus important que la capitale du pays, le Rio de Janeiro.Ce grand changement est le résultat d’un mouvement de nature interdisciplinaire idéalisé et concretisé par un groupe d’intelectuels, soutenu par quelques personnages de la haute aristocratie du café: le modernisme brésilien.

En 1922, littérature, musique et arts plastiques se sont liées pour récupérer l’identité culturelle brésilienne. Mario de Andrade, Oswald de Andrade, Guilherme de Almeida, les peintres Anita Malfatti et Tarsila do Amaral, le musicien Villa Lobos ont organisé une Semaine d’Art Moderne au théâtre de la ville. Grand scandale, manifestations d’appui et d’opposition. Cependant, à partir de ce moment les lettres brésiliennes ont pris une nouvelle voie qui commence à incorporer des suggestions européennes (em particulier françaises) sans perdre son originalité. Dans d’autres mots, l’écrivain brésilien a appris à s’approprier de ce qui était étranger pour le transformer en propre. Cette nouvelle orientation s’accomplit en 1928 avec le mouvement de “l’Antropophagie”.

Cet apperçu veut rendre compte des liens existants entre les avant-gardes françaises et le renouvellement dans la vie culturelle et les lettres brésiliennes. Les voyages d’écrivains, les lectures et les contacts expliquent comment les échos de la littérature française arrivaient au Brésil et encore comment sous le nouveau terrain tout a été transformé.



Lisa Block de Behar

(Montevideo)


De nombres propios y ajenos: les fantaisies françaises de Adolfo Bioy Casares


Venant du sud-ouest français, la famille paternelle de Adolfo Bioy Casares se dirigea - pour ne pas trop changer de cap – vers le sud-ouest, traversant l’Atlantique dans la même direction et dans les mêmes années du 19ème siècle que tant d’autres béarnais qui s’établirent sur les deux longs rivages du Rio de la Plata. Bioy avait l’habitude de rappeler, avec une fréquence étonnante et sa grâce coutumière, cette ascendance qu’il se plaisait à revendiquer, confirmant ainsi sa condition cosmopolite du «porteño», l’habitant de Buenos Aires et d’ailleur. C’est ainsi que souvent il multipliait les anecdotes de ses ancêtres en raison de ses propres adhésions à une tradition pyrénéenne et transocéanique que n’affectaient pas les séjours prolongés dans les prospères campos de l’estancia argentine et familière. Il les actualisait au long de ses voyages et de ses séjours ordinaires, les enregistrant non seulement dans les livres de souvenirs grâce à une mémoire plusieurs fois privilégiée, mais aussi dans sa vaste correspondance d’écrivain voyageur et dans les nombreuses entrevues qu’il accordait avec une égale cordialité ; Bioy partageait ainsi avec le lecteur ou l’interlocuteur les évocations d’une fraîcheur vivante que ce monde proche et prodigue ne cessait de lui inspirer.

Bien qu’il ne soit pas inopportun de les mentionner pour interpréter la diversité d’espaces et temps cachés sous une écriture apparemment lisse et pleine, ce ne sont pas ces aspects généalogiques et personnels qui intéressent ici mais une approche herméneutique où l’on voudrait aborder le réseau serré de noms propres qui constituent un univers référentiel significatif en lui-même. D’un autre côté, ce sont des noms qui renvoient, plus qu’à une fonction dénominative, à une complicité du vécu avec le lecteur et à celle d’une histoire littéraire et culturelle sinon commune, du moins appréciée des deux côtés. Propres et étrangers à la fois, les noms propres contribuent à instaurer une sorte de fiction onomastique, une fiction fantastique par le biais d’un treillis de noms qui suppose un savoir partagé soit pour le laisser de côté, soit pour le contester. Les noms remplissent, dans les contes et les romans de Bioy ou dans ses diverses et amusantes conversations, une fonction insolite de parodie qui enracine de façon déconcertante, par l’ironie et la plaisanterie, dans un univers qui se prévaut de références réalistes pour normaliser une surnature que les exploits technologiques rendent chaque fois moins surnaturelle mais pas moins surprenante.

Au-delà de ces antécédents, l’œuvre de Bioy Casares rend compte d’une bibliothèque imaginaire débordante qui ne lésine pas sur les citations de poètes et de romanciers français, ni sur les renvois à une histoire qui, non seulement parce qu’elle est universelle, lui est propre, affirmant un curieux statut hybride et pluriel basé sur ces croisements de nations et de cultures qui ne sont pas étrangers à d’autres croisements, d’hommes et de bêtes, d’hommes et de machines, par le biais des «confabulations» narratives variées qui définissent et, en même temps, mettent en question l’identité.



Vittoria Borsò

(Heinrich-Heine-Universität, Düsseldorf)


Charles Baudelaire et le problème de la modernité en Amérique Latine


L’ importance de Charles Baudelaire dans le développement de la poésie moderne en Amérique latine est évidente: De Rubén Darío au modernisme (Lugones, Luis Gonzaga Urbina), à José Tablada, au postmodernisme méxicain (López Velarde), à la poésie des «Contemporáneos» etc. Au sein du modernisme latinoaméricain, ce n’est pas seulement l’importance de Charles Baudelaire lui-même et de sa poésie, mais aussi celle de son apport spécifique à la modernité que l’on a très tôt saisi. En effet, l’oxymoron des Fleurs du mal, à savoir l’indécidabilité morale de sa poésie, a provoqué la scission définitive entre les anciens (par ex. Gutiérez Nájera) et ces poètes qui ont découvert, par le biais de la poésie baudelairéenne, les passages et les nouvelles constellations de la modernité. C’est une modernité qui, loin d’être une simple école, reste encore aujourd’hui – plus que la négation avantgardiste – un défi esthétique et épistémologique (Octavio Paz, Los hijos del limo, «analogie et ironie»). Il s’agit de la découverte de la temporalité et de l’altérité, de la rupture du pont entre les mots et les choses, du dédoublement du sujet et du changement de la perception (perception bizarre) aussi observé par Walter Benjamin. C’est une esthétique dangereuse pour la moralisation de l’art. Dans mon exposé je considère ces passages de la modernité dans la poésie des auteurs du modernismo et posmodernismo méxicain (Urbina, Tablada, López Velarde) ainsi que dans l’écriture des «Contemporáneos».




Albert Bensoussan

(Rennes)


Les mentors français de Mario Vargas Llosa : Flaubert, Dumas, Hugo, Sartre et Malraux


[le texte du résumé se publiera prochainement]



Edgardo Cozarinski

(Paris)


Le préjugé anti-français chez le jeune Borges


[le texte du résumé se publiera prochainement]



Alfonso de Toro

(Ibero-Amerikanisches Forschungsseminar, Universität Leipzig)


Récodification postmoderne du théâtre français par ‘Periférico de Objetos’: Jarry, Artaud, Koltès et le théâtre-mineur actuel argentin de ‘marges’“



Les relations culturelles entre la France et l’Amérique latine sont très vieilles, très larges et variées ainsi qu’elles se sont développées d’une intensité différente et changeante.

Le roman, la poésie et surtout le théâtre, celui de la modernité et du postmodernisme, constituent une partie de ces relations transculturelles et transtextuelles.

Dans ma contribution il ne s’agit pas d’apporter une preuve empirique quand, quoi et qui le groupe Periférico de Objeto (PO) a accueilli de Jarry, Artaud et Koltès (ce qui est évident en certains cas). Mon travail montrera plutôt comment certains concepts esthétiques centraux de la modernité et du postmodernisme français réapparaissent d’une sorte récodifiée dans les œuvres du groupe PO ce qui rend manifeste que des formes de théâtre qui ont été considérées comme actuellement non relevantes , sont plus actuelles que jamais et qu’elles on influencé par une longue durée les événements du théâtre. Au même temps naissent de nouvelles conceptions de théâtre, de corps et de représentation qui perlaborent ces formes.

Plusieurs éléments du groupe PO mènent à de nouvelles formes qui sont accueillies et récodifiées: la conception du théâtre guignol, le théâtre de marionnettes comme moyen de déconstruction (ici le groupe PO procède d’une forme similaire a cette de Cervantes devant le romans de chevaliers), la conception de théâtralité liée aux catégories de corps et de transmédialité ainsi qu’une présentation hyperréelle de ce qui est présenté. Il s’y ajoute encore la fonction sociopolitique du théâtre et ses effets possibles par rapport au public mais aussi l’impossibilité de situé (éthiquement, politiquement et d’autre manière) le message ou plutôt cela ce qui est présenté et ce qui est caractérisé par une large intertextualité.

Les récodifications fondamentales qui mènent aux nouvelles formes ont lieu au passage du travail du ‘corporalisation’ comme unité autonome de signification dans le sens de Artaud (autrement dit le corps comme son propre médium) au du ‘decorporalisation’ ou pseudo-prothèse, comme cyborg-machine. Ces récodifications sont aussi à percevoir concernant le passage d’une esthétique de représentation (ce qui peut être exposé mimétiquement) à une présentation (ce qui est exposé antimimétiquement). En plus, le développement d’une micro-politique de la vie quotidienne (Deleuze/Pavolvsky) ainsi que la transformation d’une pratique intertextuelle du type moderniste en une activité transtextuelle postmoderniste font partie de ces procès de récodification. Notamment le passage de l’énonciation au silence, à l’enchaînement de mouvements fragmentaires et incoordonnés représente une autre récodification très importante.

Après une courte description de quelques aspects principaux du théâtre de Jarry, des conceptions de Artaud et du théâtre moderne de Ionesco ou postmoderne de Koltès auxquels il faut se rappeler et qui sont constitutifs pour le groupe PO comme une base transtextuel et transculturel, ma contribution s’occupera de la poétique et la pratique du théâtre du groupe PO.



Walter Bruno Berg

(Albert-Ludwigs-Universität Freiburg)


Santiago de Liniers et Paul Groussac: aspects d’une généalogie paradoxale


Santiago de Liniers –français de naissance; officier aux services de la monarchie espagnole; “caudillo” populaire qui organise la résistence de Buenos Aires contre les anglais; nommé vice-roi à cause de ses mérites; fusillé pourtant, en 1810, pour avoir refusé de reconnaître la légitimité du gouvernement révolutionnaire– est sans doute un personnage extraordinaire. Paul Groussac (1848-1929) –écrivain argentin d’origine française, venu à Buenos Aires à l’âge de dix-huit ans, transformé, au bout de quelques années, en l’un des principaux intellectuels de l’Argentine– ne l’est pas moins. Qu’est-ce qui arrive quand l’un écrit sur l’autre? Voilà le point de départ de notre exposé. Santiago de Liniers. Conde de Buenos Aires de Groussac, publié en 1907 à Paris, est une vaste biographie de l’avant-dernier vice-roi du Rio de la Plata, mais surtout une critique mordante de l’image défigurée de Liniers construite –selon Groussac– par l’historiographie dite “officielle”. Plus que rectification, cependant, Santiago de Liniers est aussi la mise au point d’une généalogie: En effet, l’esprit français, incarné dans la figure de Liniers –“essentiellement un noble français de l’Ancien Régime”–, fait partie de l’acte de naissance de l’Argentine. La généalogie elle-même se présente pourtant sous un jour paradoxal: Véritable “bouc émissaire de la Révolution”, le héros de la Reconquête, grâce à sa mort injuste, “a sauvé Buenos Aires pour la deuxième fois”.

Que signifie la référence au bouc émissaire chez Groussac? Tout d’abord, la présence des quatre “stéréotypes de la persécution” (Jacques Girard) démontre qu’il ne s’agit pas d’une simple métaphore. Au contraire, le modèle du bouc émissaire est un élément constitutif de son discours. Celui-ci, en effet, est beaucoup plus près de celui de ses prétendus ennemis “nationalistes” qu’il ne paraît. Avec eux, Groussac partage les prémisses de l’unicité inhérente au modèle de l’identité traditionnelle de l’Argentine. C’est celui-ci qui l’oblige à justifier, en dernière instance, le sacrifice de Liniers. Nous sommes loin, semble-t-il, du modèle d’une “assimilation multilatérale” que les contemporains de Paul Groussac commençaient déjà à entrevoir.



Jean Bessière

(Paris)


Alejo Carpentier, Carlos Fuentes, Octavio Paz, Ernesto Sabato, Mario Vargas Llosa: Lectures de la littérature française


Sous ce titre, on se propose de rappeler un certain nombres de références, dans des essais critiques — à l’exclusion des œuvres de création, récits, romans, poèmes —, de Alejo Carpentier, Carlos Fuentes, Octavio Paz, Ernesto Sabato. Mario Vargas Llosa, à des écrivains,des œuvres, des courants littéraires, français (et éventullement européens). On organisera ces références de telle manière qu’elles permettent d’examiner trois questions : comment ces ensembles critiques caractérisent-ils le statut des écrivains, des œuvres auxquels ils se réfèrent ? Comment ces mêmes ensembles définissent-ils le rapport de ces écrivains, de ces œuvres, au temps et à l’histoire ? Comment ces mêmes ensembles définissent-ils implicitement ou explicitement une littérature démocratique, ou les conditions d’une telle littérature ?

On aura guère le temps de reporter ces mises en perspective sur les œuvres de ces écrivains et sur leurs contextes latino-américains. On se tiendra à une caractérisation des implications que portent ces essais critiques et les réponses qu’ils proposent aux questions qui viennent d’être notées — implications pour ce que peuvent les réponses à de telles questions dans les contextes latino-américains.



Johannes Kabatek

(Tübingen)


«Se former en république sous la domination d’une même langue» – la pensée linguistique française du XVIIIème et les langues en Amérique latine

Vers la fin du XVIIIème siècle, l’idée de l’uniformité linguistique et de l’universalisme de la langue française devient l’un des piliers de la nation «libre», créée par la Révolution française. Deux institutions, intimement liées, diffusent presque immédiatement ces idées en Amérique latine: les sociétés intellectuelles et les premiers journaux. C’est dans ces deux cadres-là que naît le rêve de l’indépendance des nations «éclairées», unies par une même langue. A Mexico, on propose même que la langue uniforme soit le français, mais la réalité dans cette ville, comme à Lima et à Buenos Aires, ne permet pas d’imaginer que les nouvelles nations puissent être unies par une autre langue que l’espagnol. Le discours du jacobinisme linguistique justifie l’anéantissement de la pluralité linguistique en Amérique Latine. Notre propos est de suivre quelques traces de la transmission de ce discours à travers les salons et les journaux.




Daniel Lins

(Fortaleza)


La philosophie de la différence et de la déconstruction au Brésil: Deleuze et Derrida


Il s'agit, dans un premier temps, de situer l'impact dans les multiples champs culturels et politiques brésiliens de la pensée-action de Gilles Deleuze et FélixGuattari. Nous esaierons ensuite de cerner le rôle da la Philosophie de la Déconstruction de Jacques Derrida dans le cadre de la psychanalyse au Brésil: implications théoriques et socio-politiques.



Daniel Lefort

(Paris/ Tel Aviv)


Symbolisme et surréalisme en France, modernisme et surréalisme au Pérou : ruptures et transmissions


Le point de départ réside dans une réflexion sur la brèche et la soudure, ou comment s’effectuent les articulations entre écoles ou mouvements littéraires dans le temps (symbolisme/surréalisme français // modernisme/surréalisme latino-américain) et dans l’espace (symbolisme/modernisme // surréalisme français/surréalisme en Amérique latine).

Le modèle théorique se trouve chez Michel Foucault, l’indice chez André Breton qui invite à rechercher la courroie de transmission entre symbolisme et surréalisme.

On explorera la filière française, notamment à partir de l’exemple de Breton, et la filière péruvienne d’Eguren à Moro et Westphalen pour en tirer si possible des éléments généralisables.



Raymond Bellour

(Paris)


L’Amérique du Sud pour Henri Michaux


Michaux a pénétré trois fois l'Amérique du Sud, du temps de sa vie d'écrivain – après des incursions dont on ignore tout, du temps de sa vie de marin.

Une première fois, un an durant (1928), il est en Equateur. Le journal qu'il tient, de la vie quotidienne et de ses aventures, piqueté de poèmes, sera le livre formateur de sa conscience d'écrivain.

Une seconde fois, brièvement, c'est l'Argentine (1936), dont il trace un portrait rapide et rageur, essai d'anthropologie subjective ("Un peuple et un homme").

La troisième fois, au Brésil (1938), Michaux trouve la matière qui lui permet de transformer un pays réel en voyage imaginaire (Au pays de la magie) et de parfaire sa recherche du dessin pour mieux lier mots et images (Arbres des tropiques).

Au travers de ce qu'il a livré à sa vie, le continent sud-américain aura été pour Michaux son plus vif pourvoyeur d'imaginaire, espace de transformations et de métamorphoses.



Charles Grivel

(Paris / Mannheim)


Flores, Cendrars: l’invention photographiqaue du Brésil


Le Brésil est une terre qu’on ne connaît pas, par définition, qu’on désire approcher, saisir et voir. La photographie fixe l’image de ce qui échappe au regard et le lui mémorise; elle est propre à remplir, ainsi, les taches blanches ou aveugles du globe. Le Brésil lui revient, en somme, par définition, aussi. Avancer l’appareil en direction de ses côtes et de ses immensités, promener le périscope au fond de ses mers intérieures, inventer le procédé – pour Hercule Florès, qui en fut le premier découvreur brésilien - , tenter de rejoindre la vue de ce continent inusité par l’écriture - Blaise Cendrars, le suisse qui devint français, s’y acharna - , voilà ce qu’il fallut faire. Le Brésil excède la vue. La photographie manifeste la vue. L’un et l’autre sont faits pour la rencontre. A Sao Carlos, dans sa boutique, Florès fut préparateur en pharmacie, à Sao Paulo, chez Paulo Prado, «le roi du café brésilien», l’ami de Cendrars, recourir à l’image permit de cerner l’œil. Inventer le moyen de capter par l’image ce qui séduit celui-ci, découvrir un espace propre à lui convenir, traduire en noir et blanc des signes et du papier ce qui offusque le spectateur et le lui rendre en deux parts: la première, «irée» comme un cliché, la seconde, «négative», condamnée à rester dans l’ombre, parvenir à distinguer maintenant devant soi ce qui ne possède nulle évidence : telle fut la gageure. L’invention d’Hercule se dissolva dans l’espace: il ne savait pas «fixer», le récit de Blaise se dilua dans le temps: il l’avait extrait des voyages d’un ancien explorateur portugais qui lui firent découvrir ce qu’il ne pouvait pas voir. En un mot, le Brésil, terre première de l’autre côté du monde, revient toujours à sa source – inqualifiable, insaisissable.

Pourra suivre la lecture d’un texte intitulé «Certains moments de le penser Brésil».